mardi 28 février 2023

Évry-Grégy (Christine le 28/02/2023)

Photos du jour.

Par ce beau mardi froid et ensoleillé, c'est Christine qui va nous accompagner sur une boucle d'un peu plus de 11 km sur les terres agricoles d'Évry-Grégy traversées par le cours sinueux de l'Yerres. Voilà maintenant cinq mardis consécutifs que nous bénéficions de cette météo favorable sur des chemins bien asséchés parfaitement praticables. Nous avons bien sûr conscience que cette sécheresse hivernale est tout à fait préoccupante  Le pays n’a pas connu un pareil manque de précipitations sur une telle durée depuis le début des mesures de pluviométrie par Météo-France, en 1959. Nous allons ainsi constater le bas niveau  alarmant de l'Yerres que nous allons avoir l'occasion de traverser à plusieurs reprises.  La commune, s'appela très longtemps "Évry-les-Châteaux"  avant d'être fusionnée avec "Grégy-sur Yerres" en 1973 (d'où le nom actuel : Evry-Grégy-sur-Yerres). 

Source : Blog de Didier Simmonnet. (Avec l'aimable autorisation de l'auteur). Voir, ici, les superbes publications de Didier Simonnet.


Le Château de Grégy.
Screenshot Google Maps

Nous nous sommes garés près du cimetière et entreprenons  de descendre vers la vallée de l'Yerres par le chemin des Rouillères. Nous franchissons la rivière puis remontons vers le petit bourg de Grégy-sur-Yerres.  Nous passons devant l'Auberge du Pont Saint Pierre.  Elle est, dans ce petit coin de Seine et Marne, une table de très bonne réputation. On peut y déguster des menus d'excellente facture entre 30 € et 65 €. Nous trouvons, sur notre gauche, les locaux de l'ancienne Mairie de Grégy qui, bien sûr, ne sont plus utilisés pour cette fonction depuis la fusion avec Évry-les-Châteaux en 1973. Nous prenons à droite et passons le long du parc du Château de Grégy. Le château fut construit, semble-t-il, à l’initiative d’Antoine de Brennes au début du XVIIème siècle. D’autres propriétaires se succèdent jusqu’à l’acquisition, en 1926, du domaine par Ogden Codman, architecte originaire de Boston. Il fait de grandes transformations et rénovations dans la propriété. Ogden Codman dessine lui-même des jardins d’un grand raffinement offrant, parmi des arbres d’essences rares, des banquettes de buis arborescent taillé, des statues de terre cuite et des vases. Il s’inspira des jardins qu’il avait dessinés pour la somptueuse Villa Léopolda à Villefranche-sur-Mer, sur la Côte d’Azur. Aujourd'hui, c'est 'SAS', une société produisant des logiciels analytiques d'exploitation  des données (big datas), qui occupe le domaine. Plus de 300 personnes travaillent ici. SAS France valorise l’éco-pâturage, solution qui remplace avantageusement les tontes mécaniques, tant du point de vue écologique qu’économique. Les pelouses ne sont jamais arrosées, les engrais sont organiques. Récemment, des ruches ont été installées et le miel produit, récolté par un jardinier de SAS, spécialement formé, est offert aux collaborateurs.
Nous poursuivons sur la petite route jusqu'au vieux lavoir qui côtoie le 🔰Pont Saint Pierre.

On s'y attarde un instant pour déplorer le bas niveau de la rivière.

Le Pont des "Romains".
Nous rebroussons chemin jusqu'au bourg puis rejoignons le chemin de la Marinière qui surplombe la vallée de l'Yerres. 
Source Wikimedia Commons
Nous arrivons maintenant sur le "Vieux Pavé". Ce chemin correspond à l'ancienne voie carrossable qui permettait la liaison entre Paris et Sens. Les diligences qui utilisaient cette voie au XVIIIème siècle franchissaient l'Yerres sur le Pont du Vieux Pavé que beaucoup, ici, nomment encore le "Pont des Romains" . Ce pont construit en 1710 n'a, bien entendu, jamais été battu par la moindre sandale d'un quelconque centurion des armées de Jules César. "Romain" est le nom de famille des deux frères architectes qui le bâtirent. De même que le "Vieux Pavé", n'est évidemment pas une voie Romaine. La célèbre Via Agrippa qui permettait aux voyageurs et soldats romains de rejoindre Boulogne et donc l'Angleterre via Lyon et Sens passait beaucoup plus à l'est vers Meaux. L'anecdote du déroutant patronyme de ces deux frères architectes nous permet de mesurer à quel point, il convient d'être prudent sur la validité des récits locaux qui jamais ne se privent de l'imaginaire dans leur représentation du monde. S'il convient de retenir  le charme de ces récits, il faut prudemment en oublier la lettre. 
Sur la paroi ouest du pont on peut lire 🔰gravé dans la pierre : "Pont Brune 1710". En vérité, le graveur de l'époque a oublié la lettre 'T' car le commanditaire de l'ouvrage était Paul Etienne Brunet, seigneur d'Evry-le-Château, maître des requêtes, trésorier général de la maison du Roi (1677), receveur général des finances de Flandre (1683), fermier général (1687-1717), secrétaire du roi (1701). C'est un héritier de cet important personnage qui, de nos jours encore, occupe le château d'Évry Grégy que nous trouverons sur le chemin du retour.

Le Prieuré de Vernelle

Christine nous conduit maintenant vers le chemin du Bois d'Évry qui, à travers la plaine agricole, permet de rejoindre le 'Prieuré de Vernelle'. C’était un prieuré de l’ordre de Saint-Benoît (les bénédictins), dépendant de l’abbaye de Chaumes-en-Brie. Une chapelle du XIIIéme siècle, la chapelle Saint Leu,  s'y élève au milieu des bâtiments qui l'entourent. Ce petit domaine revêt une importance toute particulière dans l'histoire de la Rose en Île de France. :

Le Comte de Bougainville, célèbre navigateur passait ses vieux jours à Suisnes. Il embaucha un jeune et brillant jardinier, Christophe Cochet, qui faisait des merveilles en fleurissant les allées du château. Conscient de la valeur de son jardinier, Bougainville l'encourage à installer une véritable roseraie. En 1802, avec l’aide financière de Bougainville, Christophe Cochet achète le Prieuré de Vernelles où il installe sa toute première roseraie. Grâce aux recommandations du Comte, la roseraie Cochet très réputée localement connut rapidement un vif succès dans tout le pays. Cochet étendit sa production ainsi que le nombre de variétés de roses grâce à la maîtrise des greffes. Les pépinières de Suisnes prirent ainsi une grande extension, elles atteindront 28 hectares. Les descendants de Christophe Cochet poursuivirent sans interruption la culture des roses à Suisnes. Au début du XXéme siècle, la production prit une telle ampleur qu’on mit en circulation un train spécial pour acheminer les roses jusqu’aux halles de Paris.
Le passage de la famille Bougainville à Suisnes fut marqué par le drame de la mort accidentelle du second fils du Comte, Augustin, à l'âge de 16 ans. Lors d'une balade en barque sur l'Yerres, probablement pour épater ses amies, le garçon se positionna debout sur les bords de l'embarcation et glissa. Son vêtement accroché par un clou qui dépassait du franc-bord l'empêcha de se sortir des eaux tumultueuses et il ne put être sauvé. Bougainville, effondré par le chagrin et la douleur, se serait exclamé en pleurs dans les bras de son jardinier : "C'est le plus grand malheur de ma vie ! J'ai navigué sur toutes les mers, j'ai fait le tour du monde et mon fils s'est noyé dans un crachat". La jeune épouse du Comte, mère d'Augustin, ne se remit jamais de cette tragédie et fut emportée par la maladie le 6 août 1806 à l'âge de 47 ans.

Juste avant de repasser l'Yerres, sur notre droite s'étend un champ qui fut le lieu de tournage du film de  Jean Girault "La soupe au choux". Selon le roman de René Fallet, l'histoire est censée se dérouler à Jaligny-sur-Besbre dans l'Allier, mais le tournage du film s'est effectué en Seine-et-Marne. Les maisons des deux protagonistes (Villeret et De Funès) ont été construites dans ce champ tout près du Prieuré. Elles furent démontées à l'issue du tournage. (Voir ce lien.)

Le château d'Évry-les-Châteaux.

Nous traversons une dernière fois l'Yerres sur une petite passerelle pour attaquer le chemin du retour. Nous remontons la pente douce du coteau pour rejoindre le centre ville d'Évry-les-Châteaux. Nous marquons un temps d'arrêt devant le château. On peut s'interroger sur ce pluriel "Évry-les-Châteaux" alors qu'il n'y a qu'un unique château sur cette commune. (Voilà un pluriel bien singulier😁). Le surnom "Châteaux" vient peut-être de ce que la terre a été partagée en deux seigneuries ; ou bien de ce que, dès le XIVème siècle, il y avait sur le territoire de la commune un lieu-dit appelé "les Châteaux". 

L'édifice bâti en grès et en briques, flanqué de quatre tourelles, date du XVIème siècle. Depuis 1717, la famille Brunet a toujours possédé cette terre. Paul Etienne Brunet, seigneur d'Evry-le-Château, secrétaire du roi, fermier général et maître des requêtes est le tout premier représentant de cette longue lignée. Décédé en 1717, il est enterré dans l'église du domaine que nous pouvons encore voir s'élever aujourd'hui à droite du grand portail d'entrée du château. .

Photo JPL

L'actuel propriétaire, Pierre-Gilles Gromant Brunet d'Evry est l'héritier des lieux par sa mère et est, par son père, également héritier du plus ancien château du Haut médoc, le 🔰Château Lamarque qui a mille ans et qui est doté d'un vignoble de grand prestige. Le vin est inscrit dans la culture et l'histoire familiale. Du côté maternel de Pierre-Gilles Gromant, les Brunet d'Evry possédaient des vignes en Bourgogne et du côté paternel, les Gromant, héritiers de la famille Fumel, possédaient des vignobles prestigieux dans le Médoc.



Il ne nous reste plus que quelques dizaines de mètres à parcourir pour retrouver le parking du cimetière où nous nous séparons non sans avoir remercié chaleureusement Christine pour la qualité de son accompagnement.



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