mardi 29 septembre 2026

Randonnée BDV du 29 septembre 2026

Suisnes, Grégy-sur-Yerres et Évry-les-Châteaux

Une traversĂ©e de la vallĂ©e de l’Yerres, entre histoire de la rose, patrimoine rural et rĂ©cits locaux.

Organisée par PilouMardi 29 septembre 2026Suisnes et Grégy-sur-Yerres

Une randonnĂ©e qui ne s’est pas dĂ©roulĂ©e comme prĂ©vu.

Malheureusement, je n’ai pas pu conduire cette randonnĂ©e jusqu’Ă  son terme. Françoise, victime d’un coup de chaleur, a dĂ» abandonner. Il m’a fallu revenir Ă  notre point de dĂ©part pour y prendre notre voiture, et transporter Françoise Ă  notre domicile, heureusement tout proche de Suisnes.

C’est une autre Françoise qui va sauver la situation : notre prĂ©sidente a gentiment acceptĂ© de conduire le groupe sur la trace de la randonnĂ©e prĂ©vue. Un grand merci Ă  elle pour cette initiative.

Le groupe de randonneurs entre Suisnes et Grégy-sur-Yerres.
Le groupe au départ de la randonnée.

Je n’ai donc pas pu communiquer aux randonneurs tous les commentaires que j’avais prĂ©parĂ©s. L’article qui suit rĂ©unit cette documentation et restitue les principales Ă©tapes patrimoniales du parcours.

Une vaste vallée agricole entre Suisnes et Varennes-Jarcy.

Le plan ci-dessous permet de prendre la mesure de cette portion de la vallĂ©e de l’Yerres. Entre le PrieurĂ© de Vernelle et la limite orientale de Varennes-Jarcy, seules les quelques maisons du village de GrĂ©gy viennent interrompre la continuitĂ© des cultures dans cette riche plaine alluviale.

La randonnĂ©e d’aujourd’hui nous propose d’explorer le secteur oriental de cette plaine, entre le prieurĂ©, GrĂ©gy-sur-Yerres et Évry-les-Châteaux.

Plan illustrĂ© de la vallĂ©e de l’Yerres entre Varennes-Jarcy, GrĂ©gy-sur-Yerres et Suisnes.
La vallĂ©e agricole de l’Yerres, de Varennes-Jarcy Ă  Suisnes.

Bougainville, Cochet et l’histoire des roses.

Le prieurĂ© de Vernelle est un modeste prieurĂ© de l’ordre de Saint-BenoĂ®t, dĂ©pendant autrefois de l’abbaye de Chaumes-en-Brie. Une chapelle du XIIIe siècle, la chapelle Saint-Leu, s’Ă©lève au milieu des bâtiments qui l’entourent. Ce petit domaine revĂŞt une importance toute particulière dans l’histoire de la rose en ĂŽle-de-France.

Louis-Antoine de Bougainville, officier de marine et explorateur, effectua le premier tour du monde français entre 1766 et 1769. Le botaniste Philibert Commerson l’accompagnait au cours de cette expĂ©dition. Au BrĂ©sil, il rĂ©colta des spĂ©cimens d’une plante spectaculaire qu’il nomma Bougainvillea en l’honneur du chef de l’expĂ©dition. En français, on Ă©crit "le bougainvillier" pour l'arbre et "la bougainvillĂ©e" pour la fleur.

Ce n’est qu’Ă  l’âge de soixante-dix ans que l’amiral s’installa au château de Suisnes. PassionnĂ© d’horticulture, il engagea le jeune jardinier Christophe Cochet, Ă  qui il offrit une pĂ©pinière voisine pour y dĂ©velopper la culture des roses.
Fleurs de bougainvillée.
La bougainvillée, dont le nom rend hommage à Bougainville.

Conscient de la valeur de son jardinier, Bougainville l’encouragea Ă  installer une vĂ©ritable roseraie. En 1802, avec son aide financière, Christophe Cochet acheta le PrieurĂ© de Vernelle, oĂą il installa sa première roseraie. Grâce aux recommandations du comte, l’Ă©tablissement acquit une solide rĂ©putation. La collection s’enrichit rapidement et les pĂ©pinières de Suisnes atteignirent bientĂ´t 28 hectares.

Les descendants de Christophe Cochet poursuivirent sans interruption la culture des roses. Au dĂ©but du XXe siècle, la production prit une telle ampleur qu’un train spĂ©cial fut mis en circulation pour acheminer les fleurs jusqu’aux Halles de Paris.

Rose ancienne Blanc Double de Coubert.
Le « Blanc Double de Coubert », rose créée par Charles Cochet en 1892.

Le "Chemin des Roses"  oĂą nous marchons souvent remplace aujourdhui cette voie ferrĂ©e historique.

Le petit-fils de Christophe Cochet, Scipion Cochet (1833-1896), semeur de roses et rosiĂ©riste de grande renommĂ©e, comprit que les hybrideurs français avaient besoin de dĂ©crire et d’illustrer avec prĂ©cision leurs crĂ©ations. Il fonda Ă  Suisnes le Journal des Roses, revue mensuelle servant de relais entre les rosiĂ©ristes amateurs et les professionnels.

Un autre petit-fils, PhilĂ©mon Cochet, s’installa comme rosiĂ©riste Ă  Coubert. Son fils Charles crĂ©a en 1892 une rose blanche devenue cĂ©lèbre dans le monde entier sous le nom de « Blanc Double de Coubert ».

« La fleur blanche du BougainvillĂ©a est minuscule. Ce qui attire le regard et donne ces superbes couleurs vives (rose, violet, orange, rouge) n'est pas la fleur, mais une bractĂ©e. Une bractĂ©e est une feuille modifiĂ©e situĂ©e Ă  la base de la vraie fleur. Elle entoure la petite fleur discrète et prend des couleurs voyantes pour attirer les insectes pollinisateurs»

Le drame de la famille Bougainville

Le passage de la famille Bougainville Ă  Suisnes fut marquĂ© par la mort accidentelle du second fils du comte, Augustin, âgĂ© de seize ans. Lors d’une promenade en barque sur l’Yerres, le jeune homme se serait tenu debout sur le bord de l’embarcation avant de glisser. Son vĂŞtement, accrochĂ© Ă  un clou dĂ©passant du franc-bord, l’aurait empĂŞchĂ© de se dĂ©gager.

« C’est le plus grand malheur de ma vie ! J’ai naviguĂ© sur toutes les mers, j’ai fait le tour du monde et mon fils s’est noyĂ© dans un crachat. »

Cette phrase est rapportĂ©e par le rĂ©cit local. Elle illustre la douleur attribuĂ©e Ă  Bougainville, sans qu’il soit possible d’en garantir la formulation exacte.

La jeune Ă©pouse du comte, mère d’Augustin, ne se remit jamais de cette tragĂ©die. Elle mourut le 6 aoĂ»t 1806, Ă  l’âge de quarante-sept ans.

Portrait de Louis-Antoine de Bougainville par Joseph Ducreux.
Louis-Antoine de Bougainville, portrait par Joseph Ducreux.

Un dĂ©cor de cinĂ©ma au bord de l’Yerres

Une scène du film La Soupe aux choux.

Tout près du prieurĂ©, le long de la rivière, s’Ă©tend un champ qui servit de lieu de tournage au film de Jean Girault La Soupe aux choux. Dans le roman de RenĂ© Fallet, l’histoire est censĂ©e se dĂ©rouler Ă  Jaligny-sur-Besbre, dans l’Allier, mais le film fut tournĂ© en Seine-et-Marne. Les maisons des deux protagonistes, interprĂ©tĂ©s par Jacques Villeret et Louis de Funès, furent construites dans ce champ puis dĂ©montĂ©es Ă  l’issue du tournage.

Retrouver les lieux de tournage de La Soupe aux choux.

Le pont du Vieux PavĂ©, dit « pont des Romain(s) ».

Après avoir dépassé Grégy-sur-Yerres et rejoint le chemin de la Marinière, qui surplombe la vallée, les randonneurs se sont engagés sur le Vieux Pavé. Cet ancien chemin carrossable assurait la liaison entre Paris et Sens.

Au XVIIIe siècle, les diligences franchissaient ici l’Yerres sur le pont du Vieux PavĂ©, que beaucoup nomment encore le « pont des Romains ». Construit en 1710, il n’a pourtant jamais vu passer les lĂ©gions de Jules CĂ©sar. « Romain » serait, en fait, le nom de famille des deux frères architectes qui le bâtirent.

Le pont du Vieux PavĂ© sur l’Yerres.
Le pont du Vieux PavĂ©, couramment appelĂ© « pont des Romains ».

De mĂŞme, le Vieux PavĂ© n’est pas une voie romaine. Cette confusion rappelle combien il convient de rester prudent devant les rĂ©cits locaux : leur charme mĂ©rite d’ĂŞtre conservĂ©, mais il convient souvent de les examiner avec circonspection.

Inscription Pont Brune 1710 gravée dans la pierre.
L’inscription « Pont Brune 1710 » encore visible dans la pierre.

Sur la paroi occidentale du pont, on peut lire, gravĂ© dans la pierre : « Pont Brune 1710 ». Le graveur de l’Ă©poque aurait oubliĂ© la lettre finale du nom du commanditaire, Paul-Étienne Brunet, seigneur d’Évry-les-Châteaux.

MaĂ®tre des requĂŞtes, trĂ©sorier gĂ©nĂ©ral de la Maison du Roi, receveur gĂ©nĂ©ral des finances de Flandre, fermier gĂ©nĂ©ral puis secrĂ©taire du roi, Paul-Étienne Brunet fut un personnage important de son temps. La famille Brunet demeura durablement attachĂ©e au château d’Évry. C'est un hĂ©ritier de cet important personnage qui, de nos jours encore, occupe le château d'Évry GrĂ©gy.

Merci encore Ă  Françoise d’avoir pris le relais malgrĂ© cette chaleur incongrue en cette fin septembre et d’avoir ainsi permis au groupe de poursuivre sur ces chemins pas toujours ombragĂ©s, mais nĂ©anmoins bucoliques Ă  souhait.

Merci aussi Ă  Christian d’avoir assurĂ© le reportage photographique.

Cet article expose in extenso la documentation sur laquelle j’avais prĂ©vu de m’appuyer pour commenter, de manière beaucoup plus brève et concise, les principales Ă©tapes du parcours.

Un cheval rencontré au cours de la randonnée.
Une belle rencontre au fil de la randonnée.
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