samedi 6 juin 2026

La Ferté Milon, Villers Cotterêts (Françoise le 06/06/2026)

Photos du jour.

C'est sous un ciel plutôt engageant pour la promenade que notre groupe se retrouve de si bon matin pour prendre la direction de l'Aisne (plus précisément du bas de l'Aisne😆).
Nous retrouvons Éric, notre chauffeur préféré, au volant de son beau car noir impeccable. 
La destination du jour nous conduit vers deux hauts lieux du patrimoine français : La Ferté-Milon, berceau de Racine, cité médiévale dominée par les impressionnantes ruines d'un château princier, puis Villers-Cotterêts, ville natale d'Alexandre Dumas et siège de la toute nouvelle Cité internationale de la langue française.

Comme toujours, l'ambiance est chaleureuse dans le car. Les conversations vont bon train tandis que défilent les paysages de la Brie puis du Valois. Après la traditionnelle pause-café organisée par Françoise et Marie-France, nous poursuivons notre route vers les rives de l'Ourcq où nous attend une journée particulièrement riche en découvertes.


La rivière Ourcq.



Située aux confins de l'Aisne et de l'Île-de-France, La Ferté-Milon doit son développement à sa position stratégique sur la vallée de l'Ourcq.

Pendant des siècles, la ville surveilla l'une des voies de passage entre Paris, la Champagne et la Picardie
 Dès notre arrivée, nous découvrons un paysage dominé par les gigantesques vestiges du château qui surplombent la cité. Les murailles monumentales semblent encore protéger la ville malgré les siècles écoulés.

Notre promenade débute le long de l'Ourcq, petite rivière qui prend sa source dans l'Aisne avant de rejoindre la Marne près de Lizy-sur-Ourcq.
 
À La Ferté-Milon, son cours a été aménagé et canalisé depuis longtemps afin d'alimenter les moulins qui participèrent au développement économique de la cité. Ses eaux tranquilles reflètent aujourd'hui les arbres des berges et les façades des anciennes demeures qui bordent son parcours.

À quelques kilomètres en aval, à Mareuil-sur-Ourcq, débute le canal de l'Ourcq, voulu par Napoléon Bonaparte afin d'assurer l'approvisionnement de Paris en eau potable et en marchandises. Long d'une centaine de kilomètres, il rejoint aujourd'hui encore le bassin de la Villette après avoir traversé la Seine-Saint-Denis. L'Ourcq et son canal demeurent ainsi intimement liés à l'histoire de la capitale autant qu'à celle des villages qu'ils traversent.

Nous franchissons bientôt la célèbre passerelle Eiffel, élégante construction métallique dont la silhouette légère rappelle le savoir-faire des ateliers de Gustave Eiffel. Ses poutrelles rivetées et ses motifs de ferronnerie témoignent de cette architecture industrielle qui marqua la fin du XIXe siècle.
Élégante transition entre rivière et ville ancienne, elle fut bâtie à la place d'une passerelle en bois pour permettre aux habitants de rejoindre au plus court la ville haute où se tenait le marché chaque vendredi. Plus tard, Eiffel reconnaissant, utilisa les carrières de la cité milonaise pou y extraire les pierres qui servent d'assise à sa Tour devenu le monument parisien le plus mondialement connu.


L'enceinte fortifiée.


Il faut ensuite quitter les bords paisibles de la rivière pour gagner la ville haute. La montée est parfois soutenue et chacun trouve son rythme. Les efforts sont toutefois largement récompensés par les points de vue qui s'ouvrent progressivement sur les toits de la cité et sur la vallée de l'Ourcq.

Autrefois, cette partie haute de la ville concentrait les activités administratives et commerciales de la ville médiévale. Les ruelles conservent encore aujourd'hui le souvenir de cette organisation ancienne. 

En parcourant la ville haute, nous croisons plusieurs vestiges de l'ancienne enceinte fortifiée. L'origine même de La Ferté-Milon est liée à la défense de la vallée. Son nom évoquerait une ancienne forteresse de l'Ourcq. 

Après le rattachement du Valois au domaine royal sous Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle, la ville se dote progressivement d'une véritable enceinte de pierre. Cette enceinte, longue d'environ neuf cents mètres, était autrefois flanquée d'une vingtaine de tours et percée de plusieurs portes. Une partie de ces remparts subsiste encore aujourd'hui, rappelant que La Ferté-Milon fut d'abord une place forte.


L'église Notre-Dame.

Notre chemin nous conduit ensuite vers l'église Notre-Dame. L'édifice trouve son origine dans une ancienne chapelle liée au château voisin. 
Son histoire est marquée par Catherine de Médicis. Devenue duchesse douairière du Valois après la mort d'Henri II, elle fit agrandir l'église afin de répondre aux besoins des habitants, qui trouvaient l'ancienne église Saint-Waast trop éloignée et trop petite. 
Le chœur fut largement reconstruit et percé de grandes fenêtres. En raison de la pente du terrain, une chapelle inférieure fut aménagée sous le chœur, particularité assez rare dans la région. 
Le clocher actuel, élevé au milieu du XVIIᵉ siècle, atteint près de vingt-six mètres de hauteur. Son beffroi abrite plusieurs cloches dont certaines remontent au règne de Louis XIII. 
Jean Racine y aurait été baptisé le 22 décembre 1639. Jean de La Fontaine y épousa Marie Héricart en 1647. Selon la tradition locale, Jeanne d'Arc s'y serait arrêtée pour se recueillir en 1429, sur la route de Reims.

Nous contournons l'église et découvrons près de son entrée principale une haute statue de Jean Racine.


 

Le musée Jean Racine .

Nous poursuivons la descente vers la basse ville et marquons un arrêt dans la cour de la Maison Rivière élégante demeure ancienne à tour d'escalier. Cette maison doit son nom à Marie Racine, sœur de Jean Racine, qui épousa le docteur Antoine Rivière et vécut ici.

La maison rappelle les attaches familiales que le grand dramaturge conserva avec sa ville natale. 
Avec sa tour polygonale mêlant brique et pierre, l'ensemble constitue l'un des témoignages les plus attachants de l'habitat ancien de La Ferté-Milon.

À La Ferté-Milon, Jean Racine est partout. Né ici en 1639, le futur auteur de Phèdre, Andromaque, Britannicus ou Bérénice demeure la grande figure locale. 

Nous pénétrons dans le musée consacré à Jean Racine, considéré à juste titre comme l’un des plus grands tragédiens de la langue française.
C'est, ici, sa maison natale transformée en musée. Très tôt orphelin (il perdit sa mère à l'âge de deux ans puis son père deux ans plus tard), il fut élevé, ici, par ses grands parents, notables locaux qui avaient la charge de la collecte de la gabelle et le contrôle du grenier à sel.
 
Il eut la chance d’être inscrit aux Petites écoles de Port-Royal grâce aux liens qu’entretient sa famille avec l’Abbaye de Port Royal des Champs. Là il reçut dès l'âge de douze ans, une très solide culture classique et c’est à la poésie et au théâtre qu’il décida de confier ses immenses talents. 
Le musée présente de nombreux panneaux pédagogiques, quelques objets, quelques tableaux et quelques statues le tout consacré à la vie et à l'œuvre de cet immense écrivain.



 

Le château des ducs d'Orléans.


Courageusement, nous reprenons l'ascension vers la ville haute pour observer de plus près les impressionnantes ruines du château.

Sa construction fut entreprise à la fin du XIVe siècle par Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI. Le projet était considérable : édifier une résidence princière capable de rivaliser avec les plus grandes forteresses du royaume. La façade, longue d'une centaine de mètres, impressionne encore par sa hauteur et par la puissance de ses tours. 

Le destin du château bascule en 1407 lorsque Louis d'Orléans est assassiné à Paris sur ordre de son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Les travaux sont alors interrompus. Les historiens discutent encore de l'état réel d'avancement du chantier : château inachevé ou presque terminé ?? 

Au XVIe siècle, pendant les guerres de Religion, La Ferté-Milon se rallie à la Ligue catholique et devient un foyer de résistance au pouvoir royal. En 1594, Henri IV obtient la reddition de la place. Fidèle à son sens politique, il évite les représailles contre la population, mais ordonne le démantèlement du château afin qu'il ne puisse plus servir contre l'autorité royale. 

Les ruines que nous admirons aujourd'hui sont donc le résultat d'une histoire mouvementée : ambition princière, rivalités familiales, guerres de Religion et habileté politique de Henry IV.

Nous passons devant les deux massifs canons exposés sur l'esplanade. Ce sont des canons russes capturés par les Allemands sur le front de l'est et réutilisés chez nous ensuite pendant la première guerre mondiale. Ils furent ensuite repris par l'armée française et finalement exposés sur cette esplanade. Il n'en existe plus que trois dans le monde, ces deux modèles et un en Finlande.

 

L'église Saint-Nicolas et le Musée Régional du Machinisme Agricole.



Nous contournons l'immense ruine du château et redescendons vers le centre ville. Nous entrons dans l'église Saint Nicolas. Commencée au XVe siècle, elle conserve un remarquable ensemble de vitraux du XVIe siècle. 
Ces verrières ont connu une histoire étonnante. Elles furent sauvées une première fois pendant la Révolution grâce à un sacristain qui les recouvrit de chaux pour les dissimuler. 
Plus tard, avant les bombardements de 1918, elles furent démontées et mises à l'abri. 
Louis XIV, lors de son passage à La Ferté-Milon en 1654, aurait remarqué dans un vitrail du Jugement dernier un diable rouge dont les traits rappelaient, paraît-il, le cardinal Mazarin. La comparaison amusa beaucoup le jeune roi. 

Le poète Paul Claudel, qui s'arrêtait parfois à La Ferté-Milon lors de ses voyages en train, venait également admirer ces verrières qui nourrirent son inspiration spirituelle.


Un peu plus loin, nous entrons dans le Musée Régional du Machinisme Agricole. Il fut inauguré en 1985. Ce musée peut se vanter de posséder une des plus belles collections de tracteurs de France : cinquante tracteurs de 31 marques différentes, le plus ancien datant de 1916. 

Dans le hall d'accueil, sept grands panneaux expliquent toute l'évolution de l'agriculture. 
Plusieurs autres bâtiments abritent tout le matériel de moisson et de battage, faucille, fléau, trieur à grain, trieur à farine. 
Dans la cour, se trouvent planteuses à pommes de terre, sarcleuses, arracheuses, faucheuses. 
Au premier étage, se trouvent des charrues agraires en bois dont l'invention a déjà plus de cinq mille ans. 
À ce même étage, nous découvrons des trayeuses mécaniques, des égoutteuses, des barattes à beurre, des malaxeurs ainsi qu'un atelier complet de forgeron, de mécanicien et de bourrelier.


Nous retrouvons maintenant Éric au volant de son car qui se propose de nous conduire à Villers Cotterêts, au restaurant 'La Tulipe' où nous sommes aimablement accueillis. 
Un excellent repas nous est servi. Les conversations vont bon train sur les découvertes du matin entre l'avocat crevette et le petit expresso qui augure le programme de l'après-midi. Une averse a eu la bonté de se produire alors que nous étions à table et nous pouvons poursuivre sous un ciel clément.


 

La Cité Internationale de la langue Française.


Nous rejoignons maintenant le centre de Villers-Cotterêts, dépassons la 'Place du Dr Mouflier' où se dresse l'imposante statue d'Alexandre Dumas natif de cette ville où il vécut jusqu'à l'âge de 27 ans.


Nous poursuivons jusqu'au Château de Villers Cotterêts qui héberge La Cité Internationale de la langue Française. Françoise nous en propose la visite.
Avant même de découvrir les expositions, le lieu mérite à lui seul le déplacement. La Cité a pris place dans ce vaste château royal édifié au XVIᵉ siècle à la demande de François Ier

Longtemps résidence royale appréciée pour les chasses en forêt de Retz, le château connut des fortunes diverses avant d'être transformé au XIXᵉ siècle en dépôt de mendicité puis en maison de retraite. 

Après plusieurs années de restauration, l'édifice a retrouvé une grande partie de son éclat. Les façades, les cours, les escaliers et les galeries témoignent à nouveau du raffinement de l'architecture de la Renaissance française. 

 Le choix de Villers-Cotterêts pour accueillir la Cité n'a évidemment rien d'un hasard. C'est ici que François Ier signa en août 1539 la célèbre Ordonnance de Villers-Cotterêts, souvent considérée comme l'un des textes fondateurs de la langue française moderne. Par ses articles 110 et 111, le roi imposait que les actes administratifs et judiciaires soient désormais rédigés « en langage maternel françois » plutôt qu'en latin. Cette décision visait avant tout à rendre la justice plus compréhensible pour les sujets du royaume. 

Près de cinq siècles plus tard, le château qui vit naître cette ordonnance est devenu le lieu consacré à l'histoire et au rayonnement de la langue française. L'une des surprises architecturales de la visite est sans conteste l'ancienne salle du Jeu de Paume. Très populaire à la Renaissance, ce sport, ancêtre direct du tennis moderne, était particulièrement apprécié des souverains français. François Ier lui-même en était un fervent pratiquant. 



L'espace a été transformé et couvert d'une spectaculaire verrière contemporaine. La lumière naturelle y pénètre généreusement et crée un dialogue particulièrement réussi entre le patrimoine ancien et l'architecture du XXIᵉ siècle. 
Cette réalisation illustre parfaitement l'esprit du projet : préserver le passé tout en assumant pleinement la modernité. L’architecte en chef des Monuments historiques, Olivier Weets, a imaginé et conçu cette verrière unique en son genre qui a nécessité des mois de calculs intenses et le choix de matériaux d'exception.
Nous sommes interpellés par la centaine de mots suspendus à la verrière à 10 mètres de haut. Résultats d’une consultation menée avec les habitants de Villers-Cotterêts, ces mots reflètent la diversité de la langue française dans le monde, de l’argot aux figures littéraires du territoire en passant par des expressions régionales et francophones (vendredire ; clavarder ; motamoter ; ziboulateur  ou divulgâcher).
La visite nous entraîne ensuite à travers une succession d'espaces thématiques particulièrement variés. Loin d'un musée traditionnel, la Cité aborde la langue française sous de multiples aspects : son histoire, son évolution, sa diffusion dans le monde, ses accents, ses expressions régionales, ses emprunts à d'autres langues ou encore sa présence dans la littérature, la chanson, le théâtre, le cinéma et les médias contemporains. 
Le visiteur découvre ainsi une langue vivante, en perpétuelle évolution, bien éloignée de l'image parfois figée que l'on peut en avoir. Au fil du parcours, chacun retrouve des mots oubliés, des expressions familières ou des tournures entendues dans son enfance, ce qui rend la visite particulièrement accessible et souvent très ludique
L'un des aspects les plus remarquables de la Cité réside dans l'utilisation des technologies numériques. Écrans interactifs, projections immersives, dispositifs sonores, cartes animées et installations multimédias accompagnent le visiteur tout au long du parcours. 

Loin d'être de simples gadgets, ces outils permettent de visualiser l'évolution des mots, d'entendre la diversité des accents francophones ou encore d'explorer la richesse du vocabulaire de manière intuitive. Cette approche moderne séduit même les visiteurs les moins passionnés de linguistique. La langue française cesse alors d'être un sujet d'étude pour devenir une véritable expérience. 

En quittant les lieux, chacun mesure combien la langue française constitue un patrimoine vivant. Parlée sur plusieurs continents, enrichie par des siècles d'histoire et par la diversité des peuples qui la pratiquent, elle apparaît ici comme un formidable outil de partage et de culture. La Cité internationale de la langue française réussit ainsi un pari ambitieux : faire dialoguer l'histoire, la littérature, le patrimoine architectural et les technologies contemporaines dans un même lieu.

Merci Françoise.

À l'extérieur, des flaques d'eau nous révèlent qu'une bonne averse s'est produite pendant notre visite dans les salles de la Cité.  Aussi c'est sous un ciel plutôt ensoleillé que nous allons clore la visite  par une courte balade dans le parc où se déroule une petite exposition des activités des associations locales qui ont monté leurs stands sur une vaste pelouse.
Nous sommes de retour à présent à Varennes Jarcy. Nous réservons une salve d'applaudissements à Éric notre chauffeur et à Françoise qui a mené et documenté cette journée dans un ensemble parfaitement cohérent : après Racine, le matin, nous allions finalement retrouver l'autre fil conducteur de cette journée : la langue française elle-même, depuis sa maitrise par son plus grand tragédien jusqu'à son acte de naissance administratif signé par François Ier.