Soisy-sur-Seine, Ris-Orangis et Évry-Courcouronnes
De la Seine au Vieil Évry, une randonnée entre paysages fluviaux, patrimoine et mémoire.
De Soisy-sur-Seine à l’écluse
Nous sommes garés sur un parking peu fréquenté en bord de Seine à Soisy-sur-Seine. Un pêcheur vient juste de prendre une belle perche. Il accepte que je prenne une photo de cette prise.
Nous longeons la berge vers l’amont pour rejoindre le barrage et l’écluse n° 8 d’Évry-Soisy. Les travaux de l’ancienne écluse furent interrompus par la guerre de 1914-1918 et ne s’achevèrent qu’en 1924. L’écluse d’Évry-Soisy devint alors essentielle au trafic fluvial de la Seine. Elle connut par la suite des travaux de modernisation et d’automatisation de son fonctionnement général et accueille aujourd’hui pas moins de 14 000 bateaux de fort tonnage par an.

La présence de nombreuses espèces animales, dont les cormorans et les oies, témoigne de la bonne intégration de l’écluse dans le paysage naturel du fleuve. Sa passerelle n’avait originellement pas vocation à être empruntée par le public et était réservée aux éclusiers. Cependant, cette interdiction n’était pas réellement respectée. D’importants travaux furent donc entrepris pour la rendre conforme à l’usage grand public que la pratique imposait. Ils se sont achevés en 2021 et, désormais, les habitants de Soisy disposent d’un accès piétonnier rapide aux gares du RER D d’Évry-Village.

Le chemin de halage à Ris-Orangis
Cette passerelle nous permet d’atteindre la rive gauche, côté Ris-Orangis. Nous suivons vers l’aval le chemin de halage, bien ombragé et entièrement réservé aux piétons. Des oies bernaches se sont regroupées sur la berge et ne semblent guère nous accorder la moindre attention.
Les voitures du RER D, dont la ligne suit ici le cours du fleuve, viennent déranger quelque peu la sérénité des lieux. Nous quittons la berge pour contourner le stade Roger-Latruberce, qui abrite les installations de l’Union sportive de Ris-Orangis, section rugby.

Nous poursuivons rue de Fromont et marquons, un peu plus loin, un arrêt devant les hautes grilles de la ferme du Trousseau.
Au-delà des bâtiments de la ferme se cache, à l’abri des regards, le château du Trousseau. Il est en réalité visible depuis la voie ferrée, en contrebas, qui longe la Seine. Confisqué pendant la Révolution, il fut vendu comme bien national. En 1845, il fut acheté par la famille des actuels propriétaires. Inscrit à l’inventaire des monuments historiques, il figure régulièrement au programme des Journées du patrimoine, qui se sont déroulées dimanche dernier.
Nous dépassons les écuries du Trousseau, qui disposent d’une cavalerie d’une quarantaine d’équidés, du shetland au petit cheval, adaptés à l’apprentissage et permettant aux plus jeunes de pratiquer l’activité en toute sécurité. Nous sommes désormais Avenue de la Liberté, sur le territoire d’Évry-Courcouronnes.
Decauville et le château de Petit-Bourg
Nous poursuivons sur le Boulevard Decauville. Paul-Armand Decauville (1846-1922) est un inventeur et un industriel. Il fut également maire d’Évry-Petit-Bourg et sénateur de Seine-et-Oise. Son attrait pour la mécanique le conduisit à rechercher tous les perfectionnements possibles de l’outillage agricole, inventant notamment un système de chemin de fer à voie étroite.
Sur des rails démontables écartés de 40 centimètres, il eut l’idée de faire circuler des wagonnets tirés par une petite locomotive à vapeur. Son matériel rustique et solide, construit dans les ateliers d’Évry, allait permettre non seulement le transport des betteraves vers les distilleries, mais aussi celui de la canne aux Antilles ou la pénétration des forêts africaines. Devenu un nom commun, signe de consécration, le « decauville », vaillante petite machine, allait conquérir le monde.


Nous marquons un arrêt au niveau de la petite Allée Louise-Bathilde-de-Bourbon. À cet endroit se dressait le Château de Petit-Bourg, dont cette modeste allée constituait alors l’allée d’honneur. Vers 1695, Madame de Montespan, connue pour sa liaison avec Louis XIV dont elle eut sept enfants, acquit le château.
Louis XIV, visitant le domaine, déplora que la forêt lui dérobât la vue sur la vallée de la Seine. Le marquis d’Antin, attentif au moindre caprice royal, fit immédiatement abattre le massif d’arbres afin de dégager le panorama sur le fleuve.
Madame de Montespan fit réaliser d’importants travaux d’aménagement et chargea André Le Nôtre de dessiner les jardins à la française, étagés en terrasses. Elle s’y réfugia après sa disgrâce.
Le château fut entièrement démoli en 1750 et remplacé, à partir de 1756, par un nouvel édifice de goût néoclassique, œuvre de l’architecte Jean-Michel Chevotet. Lors de la Révolution, il appartenait à la duchesse Louise-Bathilde de Bourbon, mère du duc d’Enghien.
Au XIXe siècle, le marquis Aguado, célèbre banquier, fut séduit par cette demeure dont il devint propriétaire, puis maire de la commune. Il y invita régulièrement le monde de la musique et de la danse de l’Opéra de Paris, en particulier le grand compositeur Rossini, qui y composa l’opéra Guillaume Tell. Il ne reste aujourd’hui absolument rien de toute cette magnificence, si ce n’est ce petit bout d’allée mal entretenue au milieu d’un paysage urbain résidentiel.
Le Vieil Évry
Nous quittons le boulevard par la Rue Dantin, traversons le petit centre commercial du Parc et suivons l’Allée Eugène-Piat pour rejoindre le quartier du Vieil Évry. Nous dépassons la mairie annexe du village, aux pelouses épaisses et aux parterres magnifiquement fleuris, figures incongrues en ces temps d’épouvantable sécheresse. Les rues du Petit-Bourg contrastent singulièrement avec le paysage urbain de la ville nouvelle. Ici se succèdent de jolies maisons bourgeoises le long de rues sages, à l’écart du trafic.
L’histoire d’Évry-Petit-Bourg est très ancienne. Le modeste village était édifié au bord de la Seine, principale voie de communication vers Paris. Sur la hauteur du coteau, à l’abri des débordements du fleuve, furent construits de nombreux petits châteaux : Beauvoir, Bataille, Petit-Bourg, Grand-Bourg, Mousseau, Neubourg, les Tourelles et la Grange-Feu-Louis. Ils servaient de résidences de campagne aux nobles et aux riches Parisiens, pour lesquels il était plus aisé d’emprunter la voie fluviale pour quitter Paris que des routes peu sûres et dont l’état laissait souvent à désirer.
Du passé de ce village, il reste peu de chose : une maison à tourelle rue de Seine ou encore une statue d’Atlas du XVIIe siècle, qui a donné son nom au quartier du « Bonhomme en Pierre ».

Nous marquons un arrêt devant l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Construite entre 1100 et 1200 dans le style gothique, tombée en ruine pendant la guerre de Cent Ans, elle fut reconstruite au XVIIe siècle.
Sur les traces de Missak Manouchian
Nous empruntons le passage en tunnel pour traverser les voies du RER au niveau de la gare d’Évry-Val-de-Seine. C’est ici, dans cette gare qui s’appelait alors « gare d’Évry-Petit-Bourg », que fut arrêté, le 16 novembre 1943, Missak Manouchian, chef des FTP-MOI, réseau des Francs-tireurs et partisans de la Main-d’œuvre immigrée. Sa compagne, Mélinée, parvint à échapper à l’arrestation.
Ce sont les funestes brigades spéciales de la police française qui procédèrent à l’arrestation de ce chef de la Résistance alors qu’il allait rejoindre son camarade Joseph Epstein. Elle aboutit au démantèlement du réseau et à la terrible propagande de la tristement célèbre « Affiche rouge ».
Les 23 membres du groupe Manouchian furent tous arrêtés, jugés sommairement et condamnés à mort par les nazis le 20 février 1944. Ils furent fusillés dès le lendemain au Mont-Valérien, à l’exception d’Olga Bancic, envoyée en Allemagne et guillotinée.
Chaque année, le premier dimanche suivant le 11 novembre, la ville d’Évry organise une cérémonie en mémoire de Missak Manouchian dans le parc qui porte son nom et où nous passons maintenant. Ce héros de la Résistance et son épouse Mélinée sont entrés au Panthéon le 21 février 2024, lors d’une cérémonie nationale présidée par le président de la République.

Retour par la Seine
Nous ne tardons pas à rejoindre le chemin de halage et l’écluse de Soisy-Évry. Depuis la passerelle, nous observons le patient éclusage de lourdes péniches qui s’acheminent vers la capitale. Nous traversons le fleuve et rejoignons rapidement nos véhicules.

Merci à Dominique pour la bonne conduite de cette intéressante randonnée, si riche d’Histoire et de patrimoine.